Groupe universitaire de recherches en Histoire et Culture au Bénin
00229 -97165381 contact@symbole-amitie.com

Actualités

Culte des ancêtres déportés en esclavage : le cas de Toula

La famille TOULA ANANLOME du royaume de Togbota, apaise l’âme de leur ancêtre, le prince Toula, arraché et déporté au cours de l’esclavage transatlantique. Les rituels d’usage ont eu lieu dans le royaume de Togbota par la célébration de « la cérémonie d’apaisement de l’âme ».

En effet, le 25 juillet 2018, des patriarches et adeptes des cultes Vodoun du royaume de Togbota, commune d’Adjohoun, république du Bénin, ont présenté des offrandes aux divinités Sakpata, Dan et Ogou. Il s’agit de rites prescrits par des ancêtres fondateurs dudit royaume à la suite de révélations successives du Fâ et celle d’un adepte de la divinité Dan au sujet des besoins de l’ancêtre Toula Ananlomê depuis l’au-delà.

Princes d’un des royaumes les plus célèbres de l’aire culturelle Adja-Tado, Ké, Hun et Oyö (Togo, Bénin et Nigéria), les habitants de Togbota continuent de croire à l’existence des défunts. Leur attachement au culte des ancêtres est très vivace. L’avis des ancêtres à travers le fâ (la géomancie) et celle des divinités (d’après la transe d’un adepte) ont indiqué des rituels à l’endroit de l’esprit de l’ancêtre Toula comme la seule résolution spirituelle pour la stabilité et le bien être social des filles et fils de Togbota pendant la période des crues qui inondent la vallée de l’Ouémé.

Né vers la fin du XVIII siècle, l’ancêtre déporté selon la mémoire du culte Vodoun, a participé à plusieurs guerres de résistance au profit de la région Wémè. Guerrier très redoutable et mystérieux, la victime, avant d’être capturée à Zangnanando dans le département du Zou, a été guerrier et commandeur mystique dans l’une des troupes de Yahassa (1650-1709), celles qui ont incendié et détruit complètement le palais d’Abomey sous le règne du roi Akaba (1679-1709).

Avant de rendre un vibrant hommage à la bravoure de l’ancêtre Toula, Dah-Zoundji Agbadosso, Seigneur de la divinité dan a d’abord recouru à la parémiologie «Kpan gban kpan gban : Ahouan yi togbota, ahouan lê agba » qui est l’hymne de résistance et aussi une expression de la bravoure des guerriers du royaume de Togbota entre le XVIIe au XVIIIe.

D’après la même source, l’ancêtre Toula n’a pas été capturé comme les autres fils du royaume arrachés et traqués comme un animal sauvage, mais il s’est rendu volontairement aux esclavagistes d’Abomey lorsqu’on l’a informé de l’arrachement de son père Ananlomê Gnigbê et de sa mère Tchatin, lui âgé de 50 ans et l’autre d’une octogénaire. Pendant plus de 5 ans, la troupe royale de Togbota qu’il dirigeait en tant que redoutable guerrier a été malmenée répétitivement par des esclavagistes d’Abomey et ceux d’Allada dirigés spécialement par des Agouda Houawé c’est-à-dire des blancs.

Nous pouvons dire, poursuit-il, que le slogan « Kpan gban kpan gban : Ahouan yi togbota, ahouan lê agba » qui signifie : « La guerre déclarée contre Togbota a été vaincue et que les esclavagistes comploteurs sont rentrés bredouilles », est l’un des emblèmes de la bravoure de l’ancêtre Toula.

Fondé vers la fin du XIIIe siècle par Ifêssou (1475-1519), le royaume traditionnel de Togbota a été victime des toutes premières guerres de razzias organisées par des négriers portugais sur les côtes sud d’Oyö du XIVe au XVIIIe siècles. La prospérité du royaume d’Oyo, établi en effet sur le commerce des esclaves, se veut être la principale cause de leur migration vers le territoire voisin d’Oba-dan, plus tard royaume Oba-danhomey, (Danhomey) République du Bénin.

Après son installation à Togbota qui est une péninsule au cœur la vallée de l’Ouémé, le royaume des Fessouvi a été l’objet d’attaques pendant plus trois siècles avec d’énormes pertes humaines. Ainsi sur la liste des rois succédant au trône des Ifêssouvi, originaires d’Oyo, on a :

1- Ifessou———————————- (1475-1519) intronisé à Oyo Ifangnein (Nigéria)

2- Bessou ——————————— (1522-1569) intronisé à Takon (Rép. du Bénin)

3- Bessa ———————————– (1569-1582) intronisé à Kintô-Agué (Rép. du Bénin)

4- Alansou ——————————— (1596-1618) intronisé à Kintô-Agué (Rép. du Bénin)

5- Ayihou ———————————- (1618-1619) intronisé à Kintô-Agué (Rép. du Bénin)

6- Dadé Azôbê ————————— (1619-1623) intronisé à Zounvômey (Rép. du Bénin)

7- Agbo ————————————- (1623-1675) intronisé à Zounvômey (Rép. du Bénin)

8- Kpôton Avounbê ———————- (1677-1706) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

9- Sonan ———————————— (1706-1742) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

10- Houffon gnani man koun ———— (1741-1788) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

11- Kindé————————————– (1791-1813) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

12- Tohi ————————————— (1819-1853) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

13- Sînton————————————- (1853-1866) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

14- Tognon ———————————- (1868-1879) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

15- Tossê ———————————— (1882-1889) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

16- Adodé ———————————— (1889-1914) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

17- Cheffon ———————————- (1915-19120) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

18- Kpôfon ———————————— (1920-1945) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

19- Hougni ———————————— (1946-1972) intronisé à Togbota et Porto-Novo (Bénin)

20- Wagnon ———————————– (1973-1980) intronisé à Togbota et Porto-Novo (Bénin)

21- Sounton ———————————– (1980- ?) intronisé à Togbota (Rép. du Bénin)

cultes des ancêtres déportés

Jusqu’au XIVe siècle, les Ifêssou sont originaires d’Oyo. Au départ, on les désignait communément par Ibo qui vient de l’expression Aïbobo et qui signifie « hommages des enfants de la terre » en langue Edo, un dialecte du nord-Nigéria. Ils avaient une grande croyance dans les cultes ancestraux et occupaient au sein des autres royaumes de l’aire culturelle Adja-Tado, Ké, Hun et Oyö, le poste des Do-gbo, qui veut dire également Dâ en Fon pour signifier (l’ensemble des seigneurs ayant la capacité de nommer, d’interner au couvent et de couronner tout prétendant au trône royal des tribus d’Ilé-Ifê.

Sur le plan traditionnel, on raconte que l’administration traditionnelle du royaume négrier de Porto-Novo a été postérieure au royaume de Togbota sous le règne du roi Tossê (1882-1889). Il s’agit-là des actes de soumission traditionnelle qui ont concédé le statut de royauté aux pouvoirs négriers de Porto-Novo, qui opéraient le pillage des côtes de la vallée de l’Ouémé au profit des Européens.

culte des ancêtres déportés

Après le grand royaume de Wémè et celui des So qui s’est établi autour de l’île des Aguégués, la royauté de Togbota occupe la troisième place sur la liste des royaumes traditionnels plus célèbres de la tribu (Hun ou encore Gun) du Dahomey. Les rituels d’apaisement célébrés ce 25 juillet 2018 sont une coutume conséquente à l’attachement des descendants de l’ancêtre l’Ifessouvi aux cultes des ancêtres.

culte des ancêtres déportés

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :